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Vers un service de renseignement antiterroriste propre aux prisons ?

Depuis les attentats de Charlie Hebdo et les arrestations de Verviers en janvier 2015, la question du terrorisme et de la radicalisation en prison est revenue au cœur des débats. Et les événements dramatiques qui ont suivi l’ont installée durablement sur le devant de la scène.

Surpopulation, conditions de détention défavorables, précarité, isolement, absence de perspectives à la sortie, … autant de facteurs qui peuvent expliquer, sans la cautionner, la radicalisation d’un détenu.

Pour lutter contre ce phénomène à long terme, le gouvernement s’était penché sur un plan d’action relatif à la gestion des détenus radicaux ou en voie de radicalisation.

Outre les très nombreuses mises sous régime de sécurité particulière décidées pour des cas individuels dans l’ensemble des prisons, les détenus liés à la problématique et présentant selon l’administration un profil de dangerosité nécessitant un régime de sécurité adapté, ont été rassemblés dans deux ailes nouvellement ouvertes, une à Hasselt et l’autre à Ittre.

Cette option était cependant tout à fait critiquable tant sur le plan économique que sur le plan humain : risque de stigmatisation des détenus considérés comme « dangereux », maintien dans cet étiquetage, notion de dangerosité floue et fluctuante entraînant un risque d’arbitraire, renforcement du sentiment de crainte auprès des agents pénitentiaires, isolement encore plus fort de ces détenus, et donc renforcement à terme des convictions radicales1.

La France a mis en place il y a un an un service de renseignement centré sur son système pénitentiaire, baptisé Bureau central du renseignement pénitentiaire (BCRP). Bien que les agents du service n’entrent jamais en contact direct avec les prisonniers, ils recueillent toutes les informations utiles à la lutte contre le terrorisme, le grand banditisme et les tentatives d’évasion.

Un tel service n’existe pas actuellement en Belgique, mais l’Administration pénitentiaire n’exclut pas qu’il puisse voir le jour. Selon sa porte-parole Kathleen Van De Vijver, l’administration « étudie actuellement la possibilité d’introduire un tel système ». « Nous devons peser le pour et le contre, mais cela nous semble certainement être une option », a-t-elle indiqué.

Selon les experts, un tel système serait beaucoup plus efficace que les mesures actuelles contre la radicalisation dans les prisons (telles que les quartiers fermés), jugées contre-productives2.

L’OIP déplore le fait qu’encore aujourd’hui, et malgré les mises en garde par les professionnels, l’accent soit mis sur l’isolement et la stigmatisation des détenus étiquetés « radicalisés », sans qu’aucune mesure effective ne soit prise pour permettre un suivi et une déradicalisation de ces détenus.

 

  1. Notice de l’OIP, 2016, p. 130 ici
  2. Voir le site du Nieuwsblad le 9 janvier