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Se réadapter grâce à l’agriculture

En France, la ferme de Moyembrie, dans la campagne picarde, accueille chaque année une cinquantaine de détenus en fin de peine. Il s’agit de leur offrir un accompagnement individualisé dont l’objectif est de replacer la personne en position d’acteur de son propre changement et de son projet de vie.

C’est à travers le travail agricole que les détenus se réapproprient leur vie et cheminent vers la liberté. Le travail de la terre, la production et la vente de légumes et de fromages permettent une revalorisation du travail et par-là aussi une revalorisation de soi. L’agriculture semble alors être « vecteur de réadaptation », comme l’a décrit La Libre Belgique dans un article publié le 27 juillet, car elle permet de retrouver des sensations oubliées ou parfois même inconnues, à (ré)apprendre la relation sociale et à reconstruire une image de soi positive. L’agriculture donne alors du sens au temps pénal et fait de la peine un temps utile en lui donnant un véritable contenu.

La ferme de Moyembrie apparaît comme le sas permettant la délicate transition entre l’univers clos du carcéral et la vie en société. En effet, la population carcérale est confrontée à de nombreuses problématiques : une sous-scolarisation importante, un déficit de compétences en matière professionnelle, de nombreux stigmates liés à l’incarcération, le manque d’ouverture de l’institution carcérale vers l’extérieur ou encore des difficultés psychologiques, familiales, de santé. Ce cadre de l’exploitation agricole donne l’opportunité aux détenus de réapprendre ce qu’ils ont désappris au cours de leur incarcération et de retrouver une place dans la société en s’autonomisant et en se responsabilisant.

D’après les détenus, il s’agit véritablement de « réadaptation » et non de « réinsertion », processus qui n’intervient que plus tard. Une réadaptation nécessaire car, comme l’écrivait le site Réflexions (Université de Liège) en 2013, « en bouleversant la dimension spatiale, temporelle et corporelle, en anémiant le vécu émotionnel et en sapant l’identité, la prison modifie l’homme ». Il s’agit pour les détenus qui croient en leur avenir de se réapproprier progressivement leur propre vie avec le soutien des salariés et des bénévoles de la ferme.

La ferme de Moyembrie, affiliée au mouvement Emmaüs France et sous convention avec le ministère français de la Justice, est devenue une institution dans le paysage carcéral français et fait passer un message : l’importance et l’utilité d’un moindre recours à la prison. Il s’agit de lutter contre les conséquences négatives de l’emprisonnement qui désocialise, annihile, infantilise et déresponsabilise. A terme, les travailleurs de la ferme espèrent pouvoir questionner les fondements même de la peine privative de liberté qui ne parvient nullement à remplir ses fonctions de lutte contre la récidive et de réinsertion.

Nicolas Ferran, militant de l’Observatoire International des Prisons section française, et Samuel Gautier (ex-OIP) ont réalisé en 2016 un documentaire sur la ferme de Moyembrie appelé « A l’air libre ». A partir de la parole des détenus, les réalisateurs nous montrent comment un projet associatif porté par la société civile peut répondre, à son échelle, à une problématique qui dure depuis longtemps. Depuis le mois d’avril 2016, le film a été projeté dans de nombreuses villes françaises et a même fait l’objet d’une projection à Bruxelles le 30 juillet au Cinéma Aventure.

(publié par l’OIP section belge le 2 août 2017)