Communiqué de presse

Déconfinement en prison : pas (de la même manière) pour tous les détenus

En temps de crise, le pouvoir exécutif creuse les inégalités (déjà fort présentes par ailleurs) entre détenus en ce qui concerne l’un des points les plus fondamentaux de la détention : les contacts avec leurs proches.

En effet, les instructions données par l’administration centrale aux directions locales laissent à chaque prison une certaine latitude quant à la reprise des visites pour les détenus.

Ainsi, les dates auxquelles les différentes prisons ont mis le système de visioconférence en place ont été différentes.

De même, certaines prisons ont postposé la reprise des visites permises sous conditions restrictives strictes à partir du 25 mai par l’administration.

Par ailleurs, seules quelques directions locales (elles se comptent sur les doigts d’une main) organisent des visioconférences entre les détenus et leurs enfants (notamment via le relais enfants-parents). Cette absence d’organisation place la Belgique à la traîne parmi les pays européens quand au respect du droit fondamental des détenus du maintien des liens familiaux.

Ce flou laissé par l’administration centrale a non seulement pour conséquence de renforcer les inégalités entre les détenus mais place également les directions locales dans une situation complexe puisqu’elles font face à la pression de leurs agents pénitentiaires tout en devant respecter les droits des détenus, mission souvent impossible.

A ce jour, un préavis de grève est en cours, les agents estimant que la reprise des visites d’un seul visiteur par détenu, une seule fois par semaine serait prématurée car insécurisante pour eux.

L’OIP estime pour sa part que les reprises des visites sont insuffisantes. Accompagnées de mesures d’hygiène strictes, ces visites devraient être accordées plus largement tant quant à leur nombre que quant au nombre de visiteurs.

Une direction locale (St-Gilles) a aussi fait choix de renforcer encore les inégalités en imposant aux détenus depuis quelques jours le port du masque de couleurs différentes selon qu’ils soient à l’isolement pour raisons médicales, entrants, servants ou autres ! Pareille stigmatisation qui va jusqu’à mettre en cause le secret professionnel a des relents totalement inacceptables et qui doivent être dénoncés publiquement.

Dans le même temps, depuis le début de la crise, le port du masque par le personnel reste aléatoire et les instructions sur ce plan sont peu claires.

L’OIP dénonce la pression actuellement mise par les agents pénitentiaires en vue de retarder la reprise progressive des visites aux détenus.

L’OIP regrette les retards dans l’organisation des visites aux détenus : celles-ci sont bien en-deça de ce qui est possible selon les recommandations du Conseil National de Sécurité et contreviennent fortement au respect des droits fondamentaux des détenus au respect du maintien des liens familiaux.

L’OIP constate que les stratégies de sortie de crise du Ministre de la Justice engendrent des inégalités au sein même de la population détenue, catégorisant davantage les détenus en stigmatisant encore certains d’entre eux.